Douleur au talon qui ne part jamais? Ce n’est peut-être pas une fasciite

04 septembre 2026

Rédigé par Dr Olivier Parent, podiatre · Mis à jour le 4 septembre 2026 · Temps de lecture : environ 5 minutes

Une douleur au talon qui persiste malgré les radiographies, les échographies, les injections de cortisone et les orthèses cache parfois autre chose qu’une fasciite plantaire : un nerf coincé (en anglais, nerve entrapment). Le nerf, normalement libre de glisser dans sa gaine, se retrouve adhéré en un point précis et ne bouge plus. Résultat : douleurs, brûlures et engourdissements qui imitent à s’y méprendre une fasciite. C’est une condition souvent méconnue, fréquemment confondue avec la fasciite et difficile à diagnostiquer1, mais une fois le bon diagnostic posé, le traitement commence par des moyens simples. Le vrai défi n’est pas de la traiter, c’est de la reconnaître.

Imaginez ce scénario

Vous avez une douleur au talon depuis plusieurs mois. Vous avez passé des radiographies et des échographies. Vous avez reçu des injections de cortisone. Vous portez même des orthèses plantaires conçues pour régler le problème. Et pourtant, rien n’y fait : la douleur est là, presque à chaque pas.

Si ce portrait vous ressemble, il est possible que le diagnostic initial ne soit pas le bon. Non pas par négligence, mais parce qu’une autre condition, plus subtile, peut se cacher derrière les mêmes symptômes. Et elle est réelle : selon des estimations cliniques, le coincement du nerf de Baxter (le nerf calcanéen inférieur, l’un des petits nerfs du talon) représenterait jusqu’à 20 % des cas de douleur de talon chronique1.

Un nerf coincé, qu’est-ce que c’est?

Le nerf coincé, ou nerve entrapment, se décrit comme un nerf enchevêtré dans sa gaine, un peu comme une adhérence qui le colle aux tissus qui l’entourent. Le résultat est simple : il ne bouge plus.

Vous vous demandez peut-être : quoi, ça bouge, un nerf? La réponse courte est oui. Un nerf en santé glisse par rapport aux structures autour de lui, et ce glissement est essentiel à son bon fonctionnement. La littérature scientifique est claire là-dessus : la capacité des nerfs à s’étirer et à glisser est considérée comme d’une importance capitale pour maintenir une fonction nerveuse normale, et une compression peut perturber cette capacité2. Quand le glissement disparaît, le nerf s’irrite, et la douleur apparaît.

Pourquoi ça ressemble tant à une fasciite

Lorsqu’il est coincé, le nerf provoque des douleurs, des névralgies ou des sensations diverses : serrements, brûlures, parfois des picotements. Le problème, c’est que tout ça peut imiter une bonne fasciite plantaire au talon.

C’est précisément ce qui rend la condition si souvent méconnue. Comme la douleur de talon est presque toujours attribuée d’emblée à la fasciite plantaire, le coincement nerveux est fréquemment confondu avec elle, ce qui retarde le bon diagnostic et le bon traitement1. D’ailleurs, les deux conditions peuvent même coexister : dans une étude menée auprès de personnes souffrant d’une douleur de talon chronique, plus de la moitié présentaient des signes d’atteinte du nerf calcanéen médial, le plus souvent en même temps qu’une fasciite3. Un fascia épaissi et irrité peut même contribuer à comprimer le nerf voisin4. D’où l’importance d’un œil qui sait faire la différence.

L’exemple classique : le nerf cutané calcanéen médial

Plusieurs nerfs passent au talon, dont deux petits nerfs qui reviennent souvent quand une douleur de talon est d’origine nerveuse : le nerf de Baxter, celui du 20 % ci-dessus, et le nerf cutané calcanéen médial5, 6. Prenons ce dernier comme exemple, parce que son territoire est facile à comprendre. C’est un petit nerf sensitif qui naît le plus souvent du nerf tibial, un peu au-dessus de la cheville, descend le long du flanc interne du talon et donne la sensation à la peau de la face interne du talon et du coussinet situé sous le talon7, 8.

Un indice utile pour le distinguer d’une fasciite : la douleur d’origine nerveuse se concentre sur la face interne et le dessous du talon, là où passe le nerf, et elle prend souvent la forme d’une brûlure ou de picotements5, 6. Selon le nerf touché, elle peut aussi persister au repos, même sans appui, ou s’accentuer la nuit6, 9. À l’inverse, la fasciite classique fait surtout mal aux premiers pas du matin5. Ce ne sont pas des règles absolues, mais des pistes qui orientent.

Le diagnostic : simple, mais encore faut-il y penser

Bonne nouvelle : une fois qu’on soupçonne un nerf coincé, le diagnostic repose d’abord sur l’histoire du patient et sur l’examen clinique9. Des mouvements simples et une palpation précise permettent de localiser le site du coincement. L’échographie peut ensuite confirmer le trajet du nerf et, au besoin, guider le traitement1, 10.

Un point important à comprendre : le nerf n’est pas coincé sur toute sa longueur, mais bien en un point précis. Or, ce point unique affecte tout ce qui se trouve en aval du nerf, c’est-à-dire toute la région qu’il dessert au-delà du blocage. C’est pour ça qu’une petite zone coincée peut provoquer des symptômes sur une surface étonnamment large. Reproduire les symptômes par la palpation d’un point précis est justement l’un des signes recherchés9.

Le traitement : souvent plus simple qu’on le craint

Là encore, l’approche est plutôt simple. Elle commence par des exercices à faire à la maison et de la thérapie manuelle, qui visent à redonner au nerf sa mobilité perdue. Ces exercices de mobilisation nerveuse produisent un glissement mesurable du nerf, observé en échographie dynamique11.

Dans certains cas, une injection dite d’hydrodissection peut être nécessaire. Le principe est élégant : on injecte un liquide (souvent un dextrose ou un anesthésiant), accompagné ou non de cortisone, pour que le liquide vienne décoller et séparer les structures collées autour du nerf. Ce n’est pas le nerf qu’on perce, c’est le liquide qui fait le travail, en libérant le nerf des tissus qui l’emprisonnent12. Cette technique se situe après l’échec des mesures conservatrices, mais avant d’envisager la chirurgie12, et elle a été décrite pour le nerf de Baxter13.

Le pronostic : c’est là que ça devient encourageant

Voici la partie réconfortante. Une fois le bon diagnostic posé, le traitement suit un ordre logique : les mesures conservatrices d’abord, l’injection si elles ne suffisent pas, et la chirurgie de décompression seulement pour les cas qui résistent à tout le reste1, 12. Autrement dit, la chirurgie est l’exception, pas la règle.

Le plus difficile, dans cette histoire, n’est donc pas le traitement : c’est le diagnostic. Reconnaître qu’une douleur de talon résistante puisse être un nerf coincé plutôt qu’une fasciite, ça demande de connaître la condition et de savoir la chercher. C’est exactement le genre de nuance qui fait la différence entre des mois de traitements qui échouent et une vraie solution.

Questions fréquentes

Seule une évaluation clinique peut trancher. Quelques indices orientent toutefois : une douleur qui brûle, qui picote, qui se concentre sur l’intérieur du talon ou qui persiste malgré des traitements bien menés pour une fasciite mérite qu’on explore la piste nerveuse.

Pas du tout. Au contraire : un talon qui ne répond pas aux traitements habituels de la fasciite est justement une raison d’explorer d’autres causes, dont le coincement nerveux. Le bon diagnostic change souvent toute la suite.

C’est une technique peu invasive, réalisée avec précision. Elle n’implique aucune coupure : c’est le liquide injecté qui sépare les tissus. Elle est généralement réservée aux cas où les exercices et la thérapie manuelle n’ont pas suffi.

Non. Le podiatre est un professionnel de première ligne : vous pouvez prendre rendez-vous directement, sans référence.

Une douleur de talon qui résiste à tout mérite un deuxième regard, et parfois un diagnostic différent. Découvrez notre approche des douleurs du talon, ou prenez rendez-vous directement : quand on cherche la bonne cause, la solution est souvent plus proche qu’on le pense.


Références

1. Tedeschi R. Baxter’s nerve: the hidden culprit of chronic heel pain. Neurol Sci 2025;46(9):4685-4689. PubMed 40418415. doi.org/10.1007/s10072-025-08253-0

2. Carroll M, Yau J, Rome K, Hing W. Measurement of tibial nerve excursion during ankle joint dorsiflexion in a weight-bearing position with ultrasound imaging. J Foot Ankle Res 2012;5(1):5. PubMed 22397397. doi.org/10.1186/1757-1146-5-5

3. Saba EKA, El-Tawab SS, Sultan HA. Medial calcaneal neuropathy: a missed etiology of chronic plantar heel pain. Egypt Rheumatol Rehabil 2017;44(4):147-152. doi.org/10.4103/err.err_16_17

4. Moussa SG, Darweesh H, Mohammed ARA, Hamada HNA, Moussa SAA. Association between medial calcaneal nerve neuropathy and plantar fasciitis. Egypt Rheumatol Rehabil 2026;53:31. doi.org/10.1186/s43166-026-00402-3

5. Trojian T, Tucker AK. Plantar Fasciitis. Am Fam Physician 2019;99(12):744-750. PubMed 31194492. Texte intégral libre

6. Allam AE, Chang KV. Plantar Heel Pain. StatPearls, NCBI Bookshelf; mise à jour du 4 janvier 2024. ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK499868

7. Louisia S, Masquelet AC. The medial and inferior calcaneal nerves: an anatomic study. Surg Radiol Anat 1999;21(3):169-173. PubMed 10431329. doi.org/10.1007/BF01630895

8. Tang A, Bordoni B. Anatomy, Bony Pelvis and Lower Limb, Foot Nerves. StatPearls, NCBI Bookshelf; mise à jour du 8 août 2023. ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK537292

9. Connors JC. Medial and Lateral Plantar Nerve Entrapment. Merck Manual, version professionnelle; révision d’octobre 2025. merckmanuals.com

10. Deniel C, Guenoun D, Guillin R, Moraux A, Champsaur P, Le Corroller T. Anatomical study of the medial calcaneal nerve using high-resolution ultrasound. Eur Radiol 2023;33:7330-7337. PubMed 37209124. doi.org/10.1007/s00330-023-09699-6

11. Coppieters MW, Andersen LS, Johansen R, Giskegjerde PK, Høivik M, Vestre S, Nee RJ. Excursion of the sciatic nerve during nerve mobilization exercises: an in vivo cross-sectional study using dynamic ultrasound imaging. J Orthop Sports Phys Ther 2015;45(10):731-737. PubMed 26304637. doi.org/10.2519/jospt.2015.5743

12. Colorado B, McNeill D, Norbury J. Ultrasound-guided nerve hydrodissection for peripheral entrapment neuropathies. Muscle Nerve 2025;72(5):1052-1059. PubMed 40766979. doi.org/10.1002/mus.28471

13. Sahoo RK, Peng PWH, Sharma SK. Ultrasound-guided hydrodissection for Baxter’s neuropathy secondary to plantar fasciitis: a case report. A A Pract 2020;14(13):e01339. PubMed 33185409. doi.org/10.1213/XAA.0000000000001339

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.